Motivation des donneurs de sperm .

 

 

 

Il est communément admis que cette technique apporte une aide incontestable aux patients. Certains vont jusqu'à admettre qu'elle est un confort qui doit être mis à la disposition de tous. Aux USA cette activité est, dans certains états, une activité purement commerciale, d'où des publicités intempestives. L'autoconservation avant traitement d'un cancer apparaît pour les psychiatres effectivement comme une technique présentant de nombreux avantages. En effet, un homme qui vient d'apprendre qu'il a un cancer est dans une démarche de lutte pour la vie, la conservation devient une fenêtre ouverte vers l'avenir comme on pu le dire les psychiatres

Marie Odile ALNOT résume l'ensemble de débats de la Fédération française des CECOS en septembre 2003. ' Chacun d'entre nous se trouve confronté à des limites où la difficulté est de situer un cas particulier, en l'occurrence une personne (majeure ou mineure), dans ces normes et il est de notre responsabilité d'en décider. C'est entre le niveau normatif et le niveau décisionnel que se place l'espace ouvert à l'argumentation, à l'interprétation et surtout au questionnement. Congeler toujours ? La norme répond OUI. Mais pour qui ? Dans plusieurs situations, notre décision médicale ne va pas toujours suivre la norme ! Devant l'état physique du patient par exemple. La venue de certains patients, en très mauvais état physique, pris dans l'urgence, peu informés sur l'objectif de leur venue au CECOS, s'explique et se justifie médicalement, par souci de respect d'un protocole de soins cliniques, et par précaution médico-légale de la part des oncologues. Mais cette prescription systématique ne présage en rien de la faisabilité et de l'impact psychologique du recueil. Alors, la prise en charge de ces patients va nécessiter une information complète avec une longue discussion sur les différents aspects, dont le possible échec, qu'il est bon de relativiser. Au quotidien, le mauvais état physi?que du patient est souvent la cause de l'échec du recueil. Dans son cursus d'homme malade, cette inhibition, ce vécu d'impuissance, sont un facteur d'agression psychique supplémentaire renforçant la dévalorisation narcissique de son corps. Alors dans la prévalence de l'intérêt psychique de l'homme très affaibli, l'obligation de soins ne trouve-t-elle pas une de ses limites ? Devant l'âge des patients, c'est le jeune âge et l'âge avancé qui nous exposent au doute. Chez le jeune garçon, sa pudeur explique ses difficultés à nous parler de sa sexualité : 'jardin secret' où nous nous immisçons, pour une finaLité de procréation à l'âge aduLte, bien éloignée, décalée et parfois étrangère à son vécu et à ses peurs actuelles. Comment alors, dans un entretien, appréhender le ressenti de la 'masturbation médicalisée et prescrite' chez un jeune garçon à peine pubère ? Quel impact aura cet acte sexuel sur sa sexualité future ? Nous conformer aux vœux du jeune garçon dont les droits sont de plus en plus reconnus, apparaît dans l'instant respecter au mieux ses intérêts, mais son désir était-il l'expression d'une volonté personnelle ? et quelle sera-t-elle dans le futur ?

À un âge avancé, en dehors de conditions familiales bien particulières que signifie ce désir d'hommes, parfois déjà grands-pères, à sauvegarder leurs cellules germinales ?
- Un droit universel à conserver ses 'bonnes cellules' lorsque la maladie vous frappe ?
- Un droit imaginaire à l'enfant, de tout homme quel, que soit son âge ?
- Une image translatée de jeunesse ?
- Une compensation sexuelle ?

Congeler toujours ?
Y aurait-il une norme quant aux critères quantitatifs et qualitatifs de congélabilité d'un sperme? Les progrès techniques de l'Assistance Médicale à La Procréation ces dernières années nous conduisent à beaucoup d'humilité. Des a priori de qualité qui rendaient inexploitables certaines autoconservations, il y a 20 ans, sont aujourd'hui caduques. La maturation, la méiose in vitro, la greffe de cellules germinales dans le testicule sont sûrement pour demain.

Nous constatons que seul 13%, des spermes conservés sont effectivement réutilisés.
Non seulement les spermes sont peu réutilisés, mais nous constatons en outre, lors des relances administratives, qu'il existe de nombreux 'perdus de vue'. Les hommes ne nous signalent pas leur changement d'adresse et lorsque le courrier arrive à destination, ils ne répondent pas.

Pour les patients qui 'oublient' de nous répondre, nous pouvons nous demander s'il ne s'agit pas d'un oubli volontaire, voire d'un rejet de tout ce qui concerne une période douloureuse de leur vie. Peut-on, dans ces conditions, détruire ces spermes 'orphelins'. Ces hommes peuvent se retrouver face à un nouveau projet parental lié à un changement de situation familiale et demander alors la réutilisation de leur sperme. Nous nous sommes déjà trouvés devant une telle situation et avons été heureux de n'avoir pas procédé à la destruction du stock.

Dans notre activité quotidienne, emporté dans notre routine, nous considérons que cet acte est techniquement simple sans 'effets indésirables' et notre discours minimise la portée de ce geste, cela d'autant plus qu'il est fait dans l'urgence, rapidement avant le début de la thérapeutique. L'homme est souvent jeune et n'a pas de projet parental et ne peut, de ce fait, appréhender l'importance de cette démarche.

Nous sommes confronté à un problème pratique non négligeable : le volume de sperme conservé augmente régulièrement ce qui a pour conséquences matérielles, l'augmentation du nombre de fûts de stockage, l'augmentation de la taille des locaux, l'augmentation des moyens de gestion, l'augmentation du risque d'incident etc.
La conséquence économique est une augmentation du coût sans pour cela obtenir une augmentation du nombre d'enfants nés. Mieux comprendre ce qui se passe effectivement chez les déposants c'est mieux définir les indications et adapter en conséquence notre discours.

Ce que nous conservons au CECOS Alsace.

Notre activité de conservation est ancienne, depuis 1978 nous avons congelé le sperme de 3015 hommes, comme le sperme congelé se conserve pendant des durées qui sont théoriquement illimitées, 2151 conservations sont encore stockées dans nos locaux.

Nous avons plusieurs populations d'hommes qui conservent :
Conservation avant chimiothérapie : 705
Dont: Hodgkin : 113
Cancer du testicule : 369
Conservation avant vasectomie 251
Conservation avant AMP (assistance médicale à la procréation) 704
Dont HIV/HVC positifs 143
Conservation de spermatozoïdes testiculaires 315

Il est possible de comparer ces différentes populations.
N'ayant pas les mêmes motivations, ces hommes vont avoir des réactions différentes face à l'autoconservation. L'analyse de ces réactions doit permettre de comprendre ce qui se passe effectivement chez ces hommes.

L'autoconservation avant chimiothérapie est un acte médical positif pour tous ces patients, mais la maladie a peut-être une impacte suffisamment importante pour entraîner des réactions brutales de rejet. Le couple peut-il prendre peur de transmettre la maladie?

L'autoconservation avant vasectomie est, la plupart du temps, imposée par l'urologue ; la conservation du sperme dans ce cas est plus médico-légale que vitale. La motivation des hommes doit être vraisemblablement moins importante car le projet parental est déjà réalisé. Ce sperme ainsi congelé représente peut-être autre chose qu'un projet parental.

L'intérêt d'une telle comparaison est de pouvoir distinguer ce qui est dépendant de la situation initiale, la maladie, la contraception, le traitement de la stérilité ou la procréation de ce qui dépend de la technique elle-même, image du sperme congelé, projet parental, survie des gamètes, histoire du couple….

Les couples face au SIDA et à la stérilité peuvent nous apporter des éclairages différents sur ces questions.

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